Tony Garnier et les Arts décoratifs

Sculpteurs, peintres, ferronniers, dinandiers, maîtres verriers, ébénistes, sont autant d’artisans et d’artistes avec lesquels collabore Tony Garnier. Durant toute sa carrière et avec la complicité de son épouse Catherine, céramiste, l’architecte entretient des relations privilégiées avec le milieu artistique lyonnais dont il est très proche.

Ce réseau, Garnier l’a constitué dès ses années d’études. En effet, lorsque Tony Garnier intègre la classe d’architecture à l’École des Beaux-arts de Lyon, il se lie d’amitié avec des étudiants d’autres spécialités comme le jeune sculpteur André Vermare ou le prometteur créateur de mobilier Francisque Chaleyssin.

Les grands projets de Tony Garnier, qui pour beaucoup aboutissent dans les années 1920-1930, émergent à l’apogée des Arts décoratifs. Ses grands chantiers urbains deviennent les laboratoires d’une création complice, entre architectes, artistes et artisans. Tony Garnier participe de cette émulation de son temps et se pose en défenseur des arts décoratifs.

« Si notre structure reste simple, sans ornement, sans moulure, nue partout, nous pouvons ensuite disposer des arts décoratifs sous toutes leurs formes », affirme-t-il déjà en 1917, lors de la publication de sa Cité Industrielle.

Les nombreuses collaborations de Tony Garnier avec Jean-Baptiste Larrivé témoignent de son attachement à la sculpture. Pour l’architecte, celle-ci ne se caractérise pas dans un rapport de dépendance à l’architecture, mais constitue bien un art d’égale valeur.

Dans sa villa de Saint-Rambert, Garnier aime les confrontations et l’éclectisme : les antiquités rapportées de pays méditerranéens côtoient les sculptures de ses amis, les statuettes et les poteries de son épouse, le mobilier de son ami Chaleyssin.  Il met véritablement en scène dans son habitat privé, chacune de ces créations.

L'atelier de travail de l'architecte. Villa particulière de Tony Garnier.

Photographie Jules Sylvestre, Bibliothèque Municipale de Lyon

En 1925, Tony Garnier participe à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes à Paris, qui sonne l’avènement des Arts décoratifs. Cette grande manifestation fait la synthèse des arts : sous l’égide de l’architecture, les artistes et les artisans d’art collaborent à cette quête de l’art total. Architecture et décoration intérieure s’affichent conjointement.

21 nations s’y retrouvent et exposent le meilleur de leur production, au sein de pavillons. Tony Garnier est choisi pour la construction du pavillon de Lyon et de Saint-Étienne. Il reprend un type d’édifice qui lui est familier, celui de la grande salle surmontée d’une coupole octogonale à trois niveaux. Il le propose déjà dans sa Cité Industrielle pour son bâtiment des assemblées, ainsi que pour un projet d’une Bourse du travail à Lyon. Ce lanterneau est visible dans la chapelle de l’hôpital Édouard Herriot, fruit de son élève et collaborateur Louis Thomas. D’une grande sobriété formelle, la façade principale du pavillon parisien est ornée d’un bas-relief de Jean-Baptiste Larrivé, représentant le Rhône et la Loire.

Garnier s’entoure de plusieurs collaborateurs pour l’aménagement extérieur et intérieur : le dinandier, Claudius Linossier, y met en scène ses vases. Le ferronnier Charles Piguet s’épanouit dans la réalisation des grilles du pavillon et le sculpteur Georges Salendre en peuple l’intérieur. Le vitrage est conçu par le maître-verrier Hippolyte Paquier-Sarrasin. Le programme décoratif tend vers l’épurement des formes. L’architecture de Tony Garnier met en scène et sublime ces arts décoratifs.

Pavillon de Lyon et de la région lyonnaise à l'Exposition de 1925. Carte postale. Collection MUTG

Vases réalisés par le dinandier Claudius Linossier. Cuivre. Non datés

Photos Aurélie Foussard, Collection Fondation Renaud

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